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Hippolyte Marinoni

Les rotatives
Marinoni

Marinoni

Parmi les inventions illustres peu ont amené d’aussi grands bienfaits que celle de l’impri- merie.

C’est grâce à elle que se répand l’instruction, que les idées nobles et généreuses pénètrent dans les masses ; on peut donc inscrire au nombre des bienfaiteurs de l’humanité, ceux qui inventèrent comme Gutenberg, Fust et Schœffer en 1436, celui qui de nos jours, comme M. Marinoni, perfectionna le matériel d’imprimerie au point de le transformer complètement.
Certes, depuis les caractères de bois non mo- biles de Gutenberg, on avait fait des progrès importants ; mais avant 1848 on se servait de machines plates, d’où extrême lenteur dans le tirage, impossibilité par conséquent de lancer en quelques heures des milliers d’exemplaires de journaux.

M. Marinoni, entré en apprentissage à onze ans, était en 1843 contremaître dans la maison Gaveaux. Après avoir singulièrement perfec- tionné la machine plate, il inventait avec son patron la machine à réaction à quatre cylindres qui permettait immédiatement de doubler la production.

Les rotatives Marinoni

Puis, en 1850, s’étant installé alors à son compte, il poursuivait seul une admirable série d’inventions qui ne s’est plus interrompue.

En 1866, date fameuse dans l’histoire de l’impression, il donnait la célèbre machine rotative à grande vitesse faisant la retiration.

Avant lui, il fallait, avec la machine américaine Hoe, par exemple, faire passer la feuille à deux reprises sous les cylindres, car elle ne s’imprimait que d’un seul côté à la fois.

Puis M. Marinoni s’attachait à perfec- tionner ses presses rotatives ; il arrivait à en augmenter prodigieusement la vitesse en diminuant énormément la place occupée ; en n il parvenait à son chef-d’œuvre, la machine rotative chromo-typographique sur laquelle est tiré notre Supplément illustré en couleurs.

Avant qu’elle eût paru, il fallait autant de tirages qu’il y avait de couleurs. Quelques timides essais avaient été tentés, mais alors les couleurs bavaient et se confondaient ; nos machines tirent aujourd’hui à la fois à sept couleurs, noir compris ; le célèbre inventeur a vaincu la dif culté d’étendre les couleurs, de les juxtapo- ser et superposer sans bavures ; les encriers de la machine cylindrique les distribuent avec une précision telle qu’elles sèchent immédiatement, ce qui produit la netteté absolue.

M. Marinoni a rénové l’imprimerie dans tout ses détails ; on lui doit notamment l’invention des coins de serrage qui assurent la régularité et la solidité de la mise en pages.

Notre siècle sera illustre entre tous à cause de ses stupé ante découvertes, mais il n’eût pas accompli le quart de tant de merveilles sans l’admirable appui de l’imprimerie. M. Marinoni, en mettant au service des savants, des penseurs,desécrivainsuninstrument ainsi perfectionné, s’est donc montré un grand serviteur de l’esprit humain et un des plus utiles bienfaiteurs de l’humanité.


Supplément Illustré du Petit journal
N° 550 - 2 juin 1901

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