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Le rêve de Don Quichotte

Le rêve de Don Quichotte le « Petit Journal »

L’heure est aux grandes manifestations de fraternité latine.
Il y a quelques mois on fêtait, en France et en Italie, le centenaire de Pétrarque ; ces jours derniers, Rome élevait une statue à Victor Hugo, et en même temps la France et l’Espagne communiaient dans un même sentiment d’admiration pour Don Quichotte, la personnification de l’idéalisme latin.

Dans notre dernier numéro, nous résumions en une « Variété » le vie si digne, si laborieuse et si tourmentée de Cervantès, l’auteur de ce livre immortel. Aujourd’hui, dans une composition dont nos lecteurs apprécieront la valeur artistique et l’originalité, nous leur montrons le héros de cette épopée si pittoresque, si étrange et pourtant si humaine, aux prises avec ses rêves, avec sa généreuse folie.

La cérémonie organisée à la Sorbonne en l’honneur du troisième centenaire de la publication de Don Quichotte a été des plus brillantes.
M. Paul Doumer, qui présidait, a prononcé une éloquente allocution dans laquelle il a dit justement que cette manifestation en l’honneur de Cervantès était non seulement une fête franco-espagnole, mais une fête des nations latines.
Après lui, M. Bottela, au nom du Centre espagnol de Paris, a fait l’apologie de l’œuvre de Cervantès ; M. Mounet-Sully a lu une conférence de M. Claretie ; des vers de nos meilleurs poètes ont été dits à la gloire du grand écrivain espagnol, par les principaux artistes de la Comédie-Française et de l’Odéon.
M. Dorchain a parlé au nom de la Société des Gens de Lettres, et M. Noguères, au nom de l’Association des étudiants.

Enfin, l’ambassadeur d’Espagne a pris la parole pour remercier la France de cet hommage rendu à sa patrie.
« Il existe, a-t-il dit, entre Français et Espagnols, quelque chose de plus que des relations de bon voisinage ; il existe une estime mutuelle parce que nous avons appris à nous connaître et à nous aimer sur les champs de bataille. Nos luttes terminées, nous avons pu nous serrer la main sans rancune. »

En terminant, l’assistance a adopté par acclamations le texte d’un télégramme qui fut adressé au roi d’Espagne.
« A Sa Majesté le roi d’Espagne, Madrid. » Trois mille personnes, réunies à la Sorbonne par la Ligue d’action latine et le Centre espagnol de Paris, acclament Cervantès.
« Elles adressent à Votre Majesté et à la nation espagnole l’expression de leur admiration pour son immortel chef-d’œuvre, gloire éternelle pour l’Espagne et le génie latin, et elles offrent à Votre Majesté l’hommage de cette fête qui prélude à celles par lesquelles la France entière se prépare à accueillir le roi de la vaillante Espagne. »
A ce télégramme, S. M. Alphonse XIII a fait répondre en ces termes au comité de la Ligue d’action latine et au centre espagnol de Paris :
« Sa Majesté, très sensible à votre dépêche d’hier, vous remercie, comme Roi et comme Espagnol, pour le bel hommage rendu à l’immortel auteur, orgueil de l’humanité. »

Cette belle cérémonie de la Sorbonne est un heureux prélude aux fêtes franco-espagnoles qui se dérouleront prochainement, à Paris, à l’occasion de la visite du roi d’Espagne.

Supplément Illustré du Petit Journal
N° 757 — 16e Année - 21 mai 1905

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