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Gustave Eiffel

M. Eiffel (Alexandre-Gustave) est né à Dijon (Côte-d’Or), en 1832. Sorti de l’école centrale des arts et manufactures à l’âge de vingt et un ans, le jeune ingénieur trouva bientôt l’occasion de se distinguer.

En 1858, il fut attaché, comme chef de service, à l’exécution du grand pont métallique de Bordeaux ; et c’est à cette époque que commença à s’établir sa renommée, qui fit que progresser pour atteindre l’extension qu’elle a acquise aujourd’hui.

À Bordeaux, M. Eiffel fit avec succès l’application, alors toute récente, de l’air comprimé à la fondation des piles.

M. Eiffel construit ensuite successivement le pont de la Nive, à Bayonne, ceux du réseau central à Capdenac et à Florac, où il perfectionna l’emploi de la presse hydraulique au fonçage à l’air comprimé des piles tubulaires.

En 1867, M. Krantz, commissaire général de l’Exposition universelle, lui confie l’étude des arcs de la galerie des Machines et le charge de vérifier expérimentalement le résultat de ses calculs. M. Eiffel s’acquitte de cette tâche avec tout le talent qu’on lui reconnaissait, et résume ses travaux dans un mémoire dans lequel il détermine le module d’élasticité des pièces composées.

En 1868, il construit, sous la direction de M. Nordling, ingénieur de la Compagnie d’Orléans, les viaducs sur piles métalliques de la ligne de Commentry à Gannat. On en était encore à l’emploi presque exclusif de la fonte pour la construction des piles de pont ; plus tard, M. Eiffel y introduit le fer avec autant de hardiesse que de succès. Il introduit de même l’acier dans ses constructions de tabliers, les rendant à la fois plus légers, plus solides et plus économiques.

Le lançage des ponts à poutres droites lui doit des perfectionnements et des procédés personnels remarquables. Il adopte, pour le lancement des grands tabliers rigides, les leviers et châssis à bascule de son invention, et le montage en porte à faux que personne avant lui n’avait osé réaliser. Le premier essai date de 1869, au viaduc de la Sioule. Bientôt après, il lance d’une seule pièce, à Vianna, en Portugal, un tablier de 563 mètres de longueur ; au viaduc de la Tardes, près de Montluçon, un lançage analogue se fait à 100 mètres de hauteur, sur des piles espacées de 104 mètres d’axes en axe ; à Cubzac, sur

la rivière, sans échafaudages et par un montage audacieux en porte à faux, 72 mètres de vide sont surmontés de même. À Tan-An, en Cochinchine, loin de toute civilisation, et de toute aide humaine, 80 mètres de portée sont franchis par les mêmes procédés.

Gustave Eiffel

Les ponts en arc lui réservaient d’autres grands succès. Sur le Douro, à Porto, on reste émerveillé de voir une travée de 160 mètres d’ouverture et de 42m,50 de flèche portant les rails du chemin de fer à 61 mètres au-dessus du niveau du fleuve.

À Garabit, dans le Cantal, autre étonnement. C’est à 122 mètres de hauteur, sur 165 mètres, que passe un viaduc aérien. La colonne Vendôme, dressé sur les tours Notre-Dame, atteindrait juste la clef de voûte de cette œuvre colossale, qui les couvrirait l’une et l’autre de son arc-en-ciel de fer.

Citons également le grand pont-route de Szegedin (Hongrie) ; la gare de Pesth ; la colossale ossature de la Liberté éclairant le monde ; le pavillon de la Ville de Paris à l’Exposition universelle de 1878 ; la façade principale de cette exposition (grande galerie et dômes) ; la grande coupole tournante et flottante de l’observatoire de Nice, de 28 mètres de diamètre, qui, à l’aide d’un flotteur annulaire (système Eiffel) plongeant dans un liquide incongelable est, malgré son poids, qui est de plus de 100,000 kilogrammes, mue par une seule personne avec la plus grande facilité : et enfin les écluses géantes de 11 mètres de chute qui vont réunir l’Atlantique et le Pacifique, au Canal de Panama.

Comme on le voit, c’est dans la construction des ponts que l’ingénieur excelle et déploie ses talents. Faire des ponts semble avoir été le but de sa vie.

C’est pour récompenser ce hardi novateur que le président du Conseil a tenu, un mois avant l’Exposition, à lui décerner une croix gagnée sur le champ de bataille industriel.

M. Eiffel aime qu’on associe à son œuvre ses collaborateurs grands ou petits, MM. Adolphe Salles, son alter ego et son gendre, Gobert, Nouguier, Sauvestre et Compagnon, tous ses braves ouvriers en un mot, qui ont coopéré, chacun dans leurs attributions, à l’édification du colosse de fer. Ils ont été à la peine ; il aime qu’ils soient aux honneurs.

Le monde entier va venir, dans quelques semaines, admirer la Tour de 300 mètres. Il applaudira et acclamera l’ingénieur qui, par son énergie et son intelligence, a su porter si haut la renommée de l’industrie française.

La Tour de 300 mètres.

Pour compléter les détails que nous avons donnés dans notre dernier numéro sur la Tour de 300 mètres, il nous suffira de résumer la conférence faite il y a quelques temps par M. Eiffel lui-même.


Le Journal illustré
N° 18 - 5 mai 1889

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