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Visite au chantier de la Tour Eiffel

Malgré les chutes de neige fréquentes et la température exceptionnellement rigoureuse de cet hiver, la plus grande activité n’a cessé de régner sur les chantiers de la Tour Eiffel. La hauteur de la construction atteint aujourd’hui 69 mètres.

Les quatre piles sont identiques entre elles. Chacune est constitué par quatre poutres d’angle ou arbalétriers, en forme de caisson, qui sont reliées ensemble par des barres de treillis et des entretoises entièrement ajourées. Au milieu, se trouvent de grands échafaudages en bois pour la construction des poutres horizontales qui rejoignent entre eux quatre piliers et forment le premier étage de la tour.

Visite au chantier de la Tour Eiffel

Environ à mi-hauteur, chaque arbalétrier est soutenu par un pilote en charpente, construit pour maintenir les piles jusqu’à l’achèvement du premier étage.

L’entrée du chantier est du côté de la Seine, en face le pont d’Iéna. Les matériaux sont déchargés à l’aide d’un treuil roulant et amenés sur des wagonnets jusqu’à pied-d’œuvre.

Chaque arbalétrier d’une pile repose sur un soubassement en pierre, qui émerge à peine au dessus du sol. Son pied est formé par un sabot en acier qui est supporté par un appui en fonte ancré directement sur la fondation en maçonnerie. Cet appui est creux ; il peut contenir un verin hydraulique qui sert à soulever légèrement tout l’arbalétrier pour régler son inclinaison et arrive à en opérer exactement la jonction avec les poutres horizontales du premier étage.

Un de nos dessins représente le pied d’un arbalétrier pendant cette opération. Le vérin constitue une sorte de presse hydraulique dans laquelle on envoie de l’eau sous pression au moyen d’une pompe manœuvrée par deux hommes. Ceux-ci suffisent pour soulever ainsi un poids qui atteint actuellement 200 à 300 tonnes ; d’ailleurs, ces appareils sont calculés pour soulever, au besoin, plus de 800 tonnes.

Visite au chantier de la Tour Eiffel

Le réglage de l’inclinaison s’obtient au moyen de cales en fer que l’on introduit entre le sabot en acier du pied de l’arbalétrier et son appui en fonte.

Dans les piles 2 et 4, les escaliers sont déjà en partie construits. Ils sont établis en fer, avec des marches en bois ; la montée en est très douce, et l’on a ménagé des paliers toutes les 20 à 25 marches. Lorsqu’on s’est élevé ainsi à environ 28 mètres de hauteur, on ne peut actuellement avoir accès à la partie supérieure qu’en grimpant sur une échelle de meunier qui est formée d’environ 90 marches espacées entre elles de 25 centimètres. C’est cette immense échelle que représente notre dessin ; elle a la même inclinaison que l’arbalétrier, et la descente en est vertigineuse.

Dans les piles 1 et 3, ou la construction de l’escalier n’est pas encore commencée, l’échelle atteint des dimensions fantastiques : elle s’élève directement à près de 60 mètres de hauteur et compte environ 210 marches.

Visite au chantier de la Tour Eiffel

En arrivant à la partie supérieure, on se trouve au milieu d’un immense chantier en pleine activité. Chaque pile est desservie intérieurement par une grue d’une puissance de 3 à 4 tonnes et munie d’une volée de 12 mètres, qui peut s’élever elle-même, par un mécanisme fort ingénieux, à mesure de l’avancement de la construction. En outre, sur les poutres horizontales qui relient les piles, sont installées plusieurs chèvres qui servent également au montage des pièces métalliques.

Les pièces arrivent de l’usine toutes prêtes à être mises en place. On commence par les réunir entre elles avec des boulons de montage, en attendant de procéder au rivetage. Tous les rivets sont posés à la main, comme le montre notre dessin.

Visite au chantier de la Tour Eiffel

Un poste de riveurs se compose de quatre ouvriers et d’une forge portative. Un gamin, appelé mousse, est chargé de la soufflerie de la forge ; il apporte le rivet chauffé à blanc à un ouvrier, nommé teneur de tas, qui enfonce ce rivet dans le trou en le maintenant par la tête formée. Le riveur frappe sur l’extrémité opposée pour l’écraser et commence à former rapidement l’autre tête ; il termine celle-ci au moyen d’une bouterolle sur laquelle frappe, à tour de bras, avec une masse de 5 à 6 kilos, le quatrième ouvrier, qu’on appelle le frappeur.

Il y a en ce moment 20 postes de riveurs en plein fonctionnement.

Ce qui frappe le plus lorsqu’on visite cet immense chantier, c’est la simplicité de son installation et des moyens mis en œuvre pour atteindre un but si colossal.

Visite au chantier de la Tour Eiffel

Ce qui frappe le plus lorsqu’on visite cet immense chantier, c’est la simplicité de son installation et des moyens mis en œuvre pour atteindre un but si colossal.

L’organisation est si parfaite et les ouvriers sont si bien dirigés que depuis l’origine on n’a eu encore aucun accident grave à déplorer. Le chantier a, d’ailleurs, à sa tête un habile praticien, M. Compagnon, qui a déjà fait ses preuves en dirigeant auparavant le chantier du célèbre viaduc de Garabit.

Ce que l’on admire aussi, lorsqu’on suit d’un peu près la progression de la construction, c’est la régularité remarquable avec laquelle avancent les travaux. On peut être certain, dès aujourd’hui, qu’à moins d’incident imprévu, la tour sera terminée jusqu’au sommet pour la fin de 1888, selon le programme que s’est tracé M. Eiffel. Au commencement de 1889, il ne resterait donc plus qu’à achever la coupole qui doit dominer ce colossal édifice.

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